Introduction à la notion d'infini


    Le but de cet essai est seulement de montrer que la notion d'infini est absolument nécessaire dès lors que l'on s'interroge sur l'origine de notre univers, et de nous sensibiliser sur les conséquences que cela peut avoir.

    Nous avons en général deux manières d'aborder le problème du commencement de l'univers.
L'une avec le postulat de l'existence de Dieu, l'autre sans.

1 - Avec le postulat de l'existence de Dieu.

    Considérons Dieu dans sa forme la plus simple, la plus basique, la plus universelle. Cette forme de Dieu est commune à toutes les religions existantes car elles se basent toutes sur le fait que Dieu a crée notre univers. Dieu est (ici) simplement un principe d'explication du monde. Je laisserai notamment de côté les interractions éventuelles de Dieu avec l'Homme, c'est à dire les miracles, Jésus Christ, et les expériences mystiques.

    Au début, il n'y avait donc que Dieu, puis il créa notre univers avec son espace et son temps. Mais cette affirmation conduit à d'autres questions : d'où vient Dieu ? Dieu a-t-il eu un créateur ? La réponse à ces questions est que Dieu n'a pas de cause, qu'il est une cause de lui-même. Dieu est donc éternel(2) : et même le temps est hors de lui.

    Par conséquent, Dieu est nécessairement infini; et cette propriété est indispensable pour la cohérence de son concept.

2 - Sans le postulat de l'existence de Dieu.

    Si l'on ne croit pas en Dieu, on a en général tendance à suivre de près ce que la science peut nous enseigner. Comment l'univers a-t-il commencé ? La théorie du Big Bang est plutôt séduisante, car elle permet de résoudre beaucoup de problèmes cosmologiques : elle rend compte de l'éloignement mutuel des galaxies, du refroidissement général de l'univers, etc...
    Mais lorsque l'on cherche vraiment l'origine de l'origine, alors la science nous parle de "vide quantique" ou "flou quantique". Le terme de "flou quantique" me parraît d'ailleur plus approprié. En effet, ce "vide" n'est pas du tout absolu, et des particules et des champs physiques sont déjà présents, ce qui fait de ce vide quelque chose de finalement très dense.

    On est alors forcé d'admettre que ce flou quantique a toujours existé, même si l'on ne peut pas vraiment se le représenter, car l'espace et le temps y régnaient d'une façon vraiment spéciale. C'est à dire que parler du temps au moment du Big Bang n'a pas vraiment de sens. Néamoins, il faut bien qu'il y ait eu "quelque chose " pour que notre univers ait pu commencer. Le lecteur attentif verra ici que je pose ici en fait la maxime que "rien ne nait du néant" (1); ce qui revient exactement à dire que "quelque chose" est éternel(2), et ce quelque chose serait le flou quantique.

    Par conséquent, la notion d'infini est -là aussi- nécessairement présente à cette façon de voir l'univers.

3 - Remarque : le cas particulier du sceptique.

    Malgré ce que je viens de montrer, certains pourront refuser cette idée de la nécessité de l'infini. En effet, nous n'avons accès à l'infini par aucune expérience -sinon mathématique-, il paraît donc légitime de nier cette notion. Mais analysons les conséquences de ce refus. Si je ne veux pas entendre parler de l'infini, je n'ai aucun moyen de me prononcer sur l'origine de l'univers. Je ne peux donc que me taire à ce propos. Ainsi, dans cette perspective, il faut aussi penser que ce n'est pas du ressort de l'Homme de chercher des réponses à cette question. On adopte alors une position sceptique, et il faut se contenter de se taire (ou de convaincre les autres de se taire aussi !). Finalement, rester dans cette position ne fait qu'éviter des difficultés. Cette situation ne peut donc pas satisfaire le philosophe véritable, qui a pour premier devoir de rechercher la vérité.

4 - Conclusion

La conclusion de cet essai est qu'il est impossible de penser l'origine de l'univers sans introduire la notion d'infini. Cela peut paraître trivial, mais il me semble que c'est une réflexion préalable tout à fait indispensable pour bâtir une philosophie. Par conséquent, une pensée qui se veut être philosophique (et systématique) ne peut pas passer au travers de cette conclusion.

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(1) ex nihilo nihil fit, cette maxime, est, paraît-il, une des plus utilisées en philosophie. Comme c'est une maxime, un postulat, on ne peut pas le démontrer. Cependant, refuser cette affirmation nous parrait inconcevable. Néamoins, s'il s'avérait que l'on puisse effectivement ne pas nécessairement la penser, ou penser une autre maxime venant la remplacer, il est évident que cela ouvrirait de nouvelles perspectives.

 

(2) Note sur l'expression "toujours existé" que j'utilisais dans une version précédente de cet essai.

Suite à une très pertinente remarque, j'utilise le terme "éternel", qui a une connotation beaucoup plus intemporelle que "toujours". En effet, dire que Dieu a "toujours" existé peut paraître étrange, si le temps est hors de lui.
Il en est de même lorsqu'on parle du tout début de l'univers, le flou quantique a nécessairement "toujours existé", même si le terme toujours, est, là encore innaproprié, puisque le temps n'a pas encore réellement fait émergence.
C'est pour ces raisons que "toujours existé" a été remplacé par le terme "éternel". Merci à Eddy pour cette remarque.