Y a-t-il des vérités premières ?

I. Qu’est-ce qu’une vérité première en philosophie ?
II. Y a-t-il des vérités premières ?
III. Les vérités premières en science existent t’elle ?


Les termes du sujet sont définis comme cela : le mot « vérité », en philosophie, signifie une connaissance authentique, fondée sur la concordance de la pensée avec la réalité. Pour Hobbes, la vérité « consiste en l’exacte mise en ordre des noms dans nos affirmations, en sorte que celui qui cherche une vérité certaine est dans l’obligation de se souvenir de ce que chacun des noms qu’il utilise veut dire et, conformément à cela, de le ranger à sa place(…) ». Le terme de « première » montre une notion de fondamentalisme, d’universalité. Par conséquent, une vérité première serait une vérité universelle.
La réponse à cette question, Y’a t’il des vérités premières, s’effectuera en trois parties : premièrement, qu’est-ce qu’une vérité première en philosophie, où nous verrons dans quel domaine de la vérité les vérités premières pourraient se trouver et ou nous rappellerons ce qu’est la vérité; deuxièmement, y’a t’il des vérités premières ; et troisièmement, nous verrons si les vérités premières en science existe.

En philosophie, la vérité n’est pas égale au réel. La vérité n’est ni un fait, ni un donné, elle doit toujours être recherchée. Le projet de recherche de la vérité est constitutif de la réflexion philosophique et c’est par lui que, dès l’origine, celle-ci s’est définie dans la Grèce antique. La philosophie de Platon illustre merveilleusement l’idée triple autour de laquelle se formule le projet de vérité : l’effort de l’esprit humain pour parvenir à une authentique vérité peut être couronné de succès ; une vérité n’est véritable que si celui qui l’énonce ne répète pas comme un perroquet un savoir étranger, d’où la maïeutique de Socrate qui dit que connaître la vérité c’est la retrouver au fond de soi, se l’approprier par un « accouchement de l’esprit », la maïeutique ; la vérité se définit par sa permanence et son universalité. D’où vient la différence entre vérité et connaissance. Ce qui est vrai aujourd’hui le sera demain et pour toujours (ainsi que pour tous) ou alors ce n’est pas à proprement parler une vérité. Ce n’est donc pas parce que la variabilité des opinions est un fait qu’une vérité objective et universelle est impossible. Ce qui est impossible au contraire c’est d’affirmer « à chacun sa vérité » puisqu’on l’affirme comme une vérité. Selon Thomas d’Aquin et les autres philosophes depuis le treizième siècle, la vérité est définit comme une correspondance, ou adéquation, entre l’esprit et la réalité (par exemple, la proposition « il pleut » n’est vraie que si, et seulement si, en fait il pleut). Cette définition comporte une conséquence importante : la vérité est une propriété du langage, non du réel. « Vrai » et « Faux » sont des qualificatifs qui s’appliquent non pas à des choses mais à des propositions. Même si l’on parle de « vrais » amis ou d’or « faux », l’or « faux » est aussi réel que l’or vrai. Ce qui est faux, c’est la proposition « Ceci est de l’or .».
Pourquoi donc vouloir la vérité ? Vaut-elle même d’être recherchée ? Ne peut-on pas lui opposer des valeurs plus hautes, la vie par exemple ? Nietzsche osa poser ces questions radicales. Leurs mérites est d’obliger l’homme à assumer le caractère moral de l’exigence de vérité. La vérité est un choix : nous pouvons vouloir l’erreur, l’illusion, le mensonge, parce que nous pouvons aimer d’autres choses plus que la vérité (plaisir, pouvoir, action…) ; et parce que nous pouvons aussi refuser de voir dans l’effort de la raison vers la vérité le signe de notre dignité d’hommes. Descartes lui-même reconnaissait qu’on peut nier l’évidence. En ce sens, le problème de la vérité n’est pas seulement de la définir ou d’en énoncer les conditions, mais relève avant tout de notre liberté.
Il existe deux sortes de vérité dans laquelle une vérité première pourrait rentrer : la vérité de fait et la vérité de raison. Il s’agit d’une vérité de fait lorsqu’un énoncé est vrai parce qu’il correspond au réel qu’il décrit. Ainsi a t’on toujours besoin, pour savoir qu’une proposition est une vérité de fait, de la confronter à la réalité. Quand un énoncé est vrai en vertu des relations logiques entre ses termes (comme pour Hobbes), c’est une vérité de raison. Une simple analyse des termes dans lesquels elle est énoncée suffit à établir une vérité de raison. Il s’ensuit également qu’une vérité de fait aurait pu ne pas être vraie, alors qu’une vérité de raison sera toujours vraie. Cette distinction correspond à celle que Leibniz établit entre « vérité contingente » et « vérité nécessaire », ou encore à celle que Hume fait entre « relations de fait » et « relations d’idées ». Il existe aussi deux sortes de vérités, dues au philosophe et logicien Robert Blanché, les vérités formelle et matérielle.
Une vérité première est une proposition évidente, qu’on ne peut démontrer, sans laquelle toute démonstration serait impossible. Elle constitue par conséquent le fondement de tout raisonnement. Les vérités premières ne sont donc pas démontrables. Elles se reconnaissent d’elles-mêmes par elles-mêmes, à leur propre signe. Elles peuvent servir de principes à toutes les démonstrations et sont indubitables. C’est une évidence, une vérité indémontrable, mais certaine. Une vérité première serait une vérité que l’on sait intuitivement, dès la naissance. Appliqué la théorie de la réminiscence de Platon, une vérité première est apprise mais pas oublié, on n’a pas besoin de la réapprendre comme les autres connaissances. Il existe de sorte de vérités : les vérités de fait et les vérités de raison. Il y a une multiplicité de vérités de fait premières, autant qu’il y a de perceptions immédiates, c’est à dire de consciences. La première des vérités de raison (la vérité de raison première) est le principe de contradiction, c’est à dire le principe d’identité, selon Aristote. Par conséquent, il existe donc des vérités premières en philosophie.


Il y a des vérités premières en philosophie. Tout d’abord, nous verrons ce qu’est une vérité première, puis les vérités premières selon trois grands philosophes, Descartes, Leibniz et Pascal
Une vérité première est donc une proposition évidente, qu’on ne peut démontrer, sans laquelle toute démonstration serait impossible. Il existe donc des vérités premières. La vérité première la plus célèbre en philosophie est le cogito de Descartes, le célèbre « Je pense, donc je suis », le premier principe de la philosophie. En effet cette vérité est une vérité première car elle est universelle, dans le sens ou tout être pensant existe car s’il pense il existe forcément, et est indubitable, car Descartes, dans son Discours de la méthode, explique qu’on peut douter de tout, sauf de son existence en tant que conscience, que sujet pensant. En effet, dans son œuvre, il doute de ses sens, puis de la raison, puis de l’esprit, jusqu’à atteindre l’élément indubitable qu’il recherche, le cogito. Pour Descartes, les vérités démontrées sont fausses. Le cogito est de l’ordre des vérités de fait, et non de raison, car il porte sur quelque chose d’existant, dont on est immédiatement conscient, dont on a une perception immédiate. Et c’est une vérité première car c’est de nous-mêmes, de la conscience d’exister, que nous partons pour connaître le réel. C’est donc une vérité de base, sans laquelle nous ne pourrions pas connaître le réel. L’ évidence du cogito de Descartes sera le modèle de toutes les vérités premières. Mais pour Descartes, contrairement à Leibniz, le cogito seul est vérité première, alors que pour Leibniz, il y a deux vérités premières parlant de l’existence des choses.
En effet selon Leibniz, a part le fait indubitable que nous pensons, ce qui est la vérité première de Descartes, il est autant indubitable que nous pensons telle ou telle chose. Pour Descartes, ce fait est incertain. Pour Leibniz, une conscience sans contenu, une pensée sans objet est impossible : cela veut dire que cet objet de nos pensées est aussi indubitable que nos pensées elles-mêmes. En effet, si je pense il faut nécessairement que je pense quelque chose, sinon je ne penserais pas. Même si je pense à moi, je pense quelque chose.
Pour Pascal, il y a deux sortes de vérités : d’un coté les premiers principes qui sont l’objet d’un sentiment immédiat du cœur, et de l’autre les déductions qui sont l’affaire de la raison. Ces premiers principes sont les vérités premières, indubitables et intuitives. Pour Pascal, Dieu est un des principes premiers car le cœur nous assure intuitivement, directement de la présence de Dieu. Donc l’existence de Dieu serait une vérité première. Voltaire aussi devait penser cela, comme le disait son cœur, car dans ses Poésies, il écrit « L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer/Que cette horloge existe et n’est pas d’horloger. »Dieu ne peut être connu par la raison, selon ce que Kant nous dit : cela justifie la foi. Pascal donne une définition de la foi, reprise par Kant plus tard : « Voilà ce qu’est la foi. Dieu sensible au cœur, non à la raison. ». Non seulement la connaissance du cœur est irréductible, mais la raison en dépend pour la plus petite démonstration puisqu’elle repose sur elle. Selon Pascal, c’est par le cœur que nous sentons les vérités premières, et c’est à lui seulement que s’ouvre le Dieu chrétien. Donc toujours selon Pascal, le cœur est le seul moyen d’atteindre les vérités premières, les premiers principes de la philosophie.
Pour conclure cette première partie, les vérités premières existent bien comme le prouve les philosophes Descartes, Pascal et Leibniz. Mais selon Bachelard, les vérités premières n’existe pas, il n’existe que des erreurs premières.

En effet, Bachelard nous dit que « Il n’y a pas de vérités premières, il n’y a que des erreurs premières. ». En effet, toutes nos erreurs sont des jugements téméraires, et toutes nos vérités sans exception sont des erreurs redressées, selon Alain. Donc si toutes nos vérités, sans exception, sont des erreurs redressées, même les vérités premières sont des erreurs redressées. Il n’existerait non pas des vérités premières, mais des erreurs premières, que nous prendront pour définitives, pour vérités immuables, alors qu’en fait nous nous trompons nous-mêmes. Les vérités premières sont donc des illusions. Descartes disait que c’est notre amour de la vérité qui nous trompe principalement, par cette précipitation, cet élan, ce mépris des détails, qui pourtant est la grandeur même. Avant d’arriver à la conclusion d’une vérité première, indubitable et intuitive, le philosophe, et même l’homme, s’est forcément trompé, puis à redressée son erreurs pour atteindre la vérité première que nous connaissons. Par exemple, Descartes se trompe, selon Leibniz, en affirmant que le cogito seul est vérité première, écartant la possibilité qu’il y ait une grande variété dans nos pensées. Il passe donc à coté de la vérité première évoquée par Leibniz. Celui-ci se sert de cette erreur première pour parvenir à une vérité première, donc à une erreur redressée (erreur de Descartes).
Il n’existe pas de vérités premières dans les sciences expérimentales. En effet, les convictions intuitives du scientifique doivent être vérifiées par expérience. Seule l’hypothèse est admise dans le domaine de l’incertain. En science tout doit être démontré pour être admis comme vrai. Donc comme une vérité première est, par définition, quelque chose d’indémontrable, d’intuitif et d’indubitable, elle ne peut trouver sa place dans une réflexion scientifique. Pourtant, dans Le Gai savoir, de Nietzsche, celui-ci soutient qu’il n’existe pas de sciences sans postulat, c’est à dire sans un fait reconnu et indiscutable, le principe premier d’une démonstration, mais qui est indémontrable. Un postulat est donc assimilé à une vérité première, de par sa définition. Nietzsche explique qu’à première vue, les convictions, égales au postulat, n’ont pas lieu d’être dans le domaine de la science excepté lorsqu’elles prennent la forme de l’hypothèse. En conclusion du texte de Nietzsche , on peut penser que des principes indémontrables sont poser au fondement de la science. Nietzsche soutient que ces principes sont des postulats, des croyances. Donc selon Nietzsche et ce que l’on sait sur les vérités premières, les fondements de la science seraient en fait des vérités premières, des principes scientifiques premiers.


Merci à Quentin pour son corrigé.