Puis-je à la fois affirmer que toutes les valeurs sont équivalentes et vouloir combattre l'injustice?

Introduction: il s'agit surtout d'envisager le rapport de la civilisation occidentale avec les autres civilisations et leurs valeurs qu'elle a pu nier autrefois par la volonté de propager son modèle et sa morale, l'accent mis surtout sur la différence et l'étrangeté des coutumes des autres, etc.

Aujourd'hui, le respect du droit à la différence peut avoir des conséquences fâcheuses: laisser faire, tolérer des injustices, l'absence de reconnaissance de la dignité des personnes, le totalitarisme, etc. La question posée revient donc:

1. A admettre au moins au niveau des principes une égalité des valeurs des différentes civilisations

2. A chercher si cela conduit à tout admettre sans rien dire, sans réagir...lorsqu'on se trouve face à l'injustice ou à l'inadmissible.

1. Explication et thèse.

De quelles valeurs s'agit-il? Du vrai, du bien et du beau, mais ici, il s'agit surtout de morale et de politique. On peut aussi distinguer 3 types d'énoncés:

1. Prescriptifs (il faut aimer son prochain)

2. Descriptifs (Paul est chauve)

3. Evaluatifs (Jeanne est belle)

Ce qui est en cause ici, ce sont surtout les jugements évaluatifs qui disent ce qui est bon ou recommandé et ce qui est mauvais, condamnable, etc. Pas de vrai problème en matière d'art, par exemple.

Chez Platon et chez les Grecs, valorisation de la culture, de la connaissance désintéressée, mépris du travail, de la technique, du monde matériel en général.

A l'époque contemporaine, voir les travaux des sociologues sur l'art "noble" ou "populaire", la culture savante ou populaire ("savoir ouvrier", etc.), le bon goût et le goût plébéien.

Vrai aussi pour la beauté des personnes, jugée avec des critères différents selon les milieux sociaux.

On a beaucoup reproché à l'Occident son colonialisme, son ethnocentrisme, en oubliant quelquefois que ces caractéristiques existent dans d'autres civilisations, mais que sa puissance économique lui a permis plus qu'à d'autres d'imposer ses valeurs à l'extérieur.

On en vient à penser que la richesse économique et le niveau des sciences et des techniques ne sont pas les seuls critères pour juger de la réussite d'une culture: les Indiens d'Amazonie respectent mieux la nature que nous...

La tolérance doit-elle aller jusqu'à un "laisser-faire", une non-intervention systématique lorsqu'on est face à une injustice? Peut-on tout accepter de la part des autres cultures? Faut-il tout relativiser ou au contraire se battre pour défendre les valeurs de l'humanité?

C'est la présence de l'injustice qui provoque la révolte ou au moins l'interrogation: il existe des Etats où l'injustice est évidente et systématique:

- non respect de la dignité des personnes: esclavage, exploitation, mariages forcés, mutilations rituelles... Femmes et enfants en sont le plus souvent les victimes parce qu'ils sont les plus faibles.

- non respect du droit ou de la liberté d'opinion: confiscation du pouvoir par quelques-uns, prisonniers politiques en grand nombre, tortures. Pas de presse d'opposition libre, tortures, peine de mort pour les opposants, etc.

- massacres ethniques (les Indiens d'Amazonie, etc.)

2. Discussion - synthèse.

- Il existe un principe de non-intervention entre pays de régimes politiques comparables, c'est le principe de la souveraineté des Etats. Demeure-t-il valable dans des situations évidentes d'injustice?

- Sans doute faut-il reconsidérer la question: on a aussi des devoirs envers l'humanité.

Un exemple: la situation économique désastreuse du tiers-monde. La corruption, l'obéissance passive à des chefs tradition-nels, l'opposition entre les ethnies font partie des traditions...

Les grands pays ont-ils ou non le devoir d'intervenir pour que, par exemple, l'aide humanitaire ne se perde pas en route?

- Liberté, égalité, fraternité. Les valeurs révolutionnaires qui sont aussi les valeurs de l'Occident ont une portée universelle: "les droits de l'homme et du citoyen".

Si on veut échapper au relativisme, il faut privilégier les valeurs qui donnent le plus de chances aux individus de se réaliser pleinement, en termes de liberté ou de rationalité.

Liberté: pouvoir disposer de sa personne, etc.

Rationalité: exigence de règles fondées sur la raison et non sur les habitudes, les coutumes, l'intérêt des privilégiés, etc.

Conclusion: sans doute en vient-on à dire que certaines valeurs ne méritent pas d'être maintenues.



Merci à Claude pour son corrigé