Mes pensées sont-elles en mon pouvoir ?

 

Ce corrigé est complet du point de vue des arguments mais il n'est pas developpé, c'est un corrigé de professeur !

 

L'homme est un être capable de se donner des choses une représentation, capable de faire la synthèse (temporelle) de ses représentations, capable de les relier dans un jugement. Ces représentations, ce sont selon le mot de Descartes, des pensées : « Par le nom de pensées, affirme-t-il dans les Méditations métaphysiques (réponse aux secondes objection), je comprends tout ce qui est tellement en nous que nous l'apercevons immédiatement par nous-même et en avons une connaissance intérieure ; ainsi toutes les opérations de la volonté, de l'entendement, de l'imagination et des sens sont des pensées>>.J'ai conscience donc de tout ce qui se forme en mon esprit, je puis comparer, analyser, accepter ou refuser tout ce qui se représente en moi-même : j'ai tout pouvoir sur mes pensées.


Je vis, je suis pris dans le tourbillon de la vie ; j'aime, j'éprouve toutes sortes de passions : d'où vient que je le sache ? Il faut bien que j'en ai conscience.
C'est là ce que signifie le cogito : le « je pense >> Est-ce qui rend possible une synthèse de mes représentations, faute de quoi elles ne seraient pas miennes : nous ne penserions pas, n'aurions pas conscience de nos représentations ; serions emportés par le flux de nos pensées.
Si j'ai conscience (j'ai toujours et immédiatement conscience de tout ce qui se forme en mon esprit), je suis aussi conscience ("je suis, j'existe") ; c'est moi qui pense, << doute conçoit, affirme ou nie, veux ou ne veux pas ect... toute pensées véritable donc suppose un sujet attentif, un être capable d'une activité de discrimination (capable de distinguer le rêve du réel), d'une activité de discernement (capable de distinguer le vrai d'avec le faux ; les bonnes ou mauvaises pensées), capable aussi d'agir : d'accepter, de rejeter ou de modifier ses pensées.

Qui sait cependant si, croyant penser par soi-même, nous ne ferions que combiner des idées préexistantes ? Des idées léguées par le monde auquel nous appartenons, le cercle familial, le milieu social ou la société dans son ensemble ?


Le poète, le penseur sont des inspirés. Les révélations dont ils nous gratifient ne se réduisent pas à de simple mises en forme, de simples jeux d'esprit, de simples constructions d'ordre intellectuel : ne faut-il pas admettre, comme Nietzsche l'affirme, qu'une pensée vient quand elle veut et non quand je veux ? Nulle pensées véritable ne serait volontaire.
Il se pourrait même sue mes pensées ne soient que les reflets sublimés, les symptômes de désirs inconscients, ect... << le moi n'est pas maître dans sa propre maison. >> Freud, Introduction à la psychanalyse. Ce n'est pas moi qui pense, « ça >> pense en moi. « Avant que d'être hommes, nous avons été enfants >> ect... Je ne suis que l'écho de ce qui se pense autour de moi : je crois raisonner ; je ne fais que raisonner.

De ce que nous n'avons pas sur nos pensées, sur celles du moins qui nous viennent sans qu'on les ait prévues, de contrôle possible, faut-il affirmer que nous ne pensons pas mais que nous sommes pensés ?


Ce serait faire de l'économie de ce qu'enseigne les philosophes : à séparer désir et pensée, à distinguer entre avoir des idées (une opinion) et penser véritablement, par toutes sortes de méthodes (le questionnement socratique, l'éducation platonicienne, par exemples) : nous ne sommes pas ce que l'on nous a transmis, à quoi trop souvent nous nous identifions ; mais bien plutôt dans l'activité de penser elle-même, un activité qui, pour n'être pas toujours volontaire comme chez Descartes, n'en est pas pour autant extérieure à nous mêmes (cette extériorité serait-elle celle du désir) : une telle activité ne peut être qualifiée que de créatrice.
En effet : cf. l'approche bergsonnienne de l'acte libre, dans l'Essai sur les données immédiates de la conscience.
Selon cette approche, je serais donc capable d'élaborer une pensée propre dans l'acte à travers quoi je coïncide avec moi-même, l'acte ou je suis tout entier moi-même, je deviens créateur ; ce que j'enfante ici, ce ne sont pas de simple arguments, mais des pensées véritables, comme celles du néophyte conduit par la main de Diotime. (Le Banquet de Platon) : tout héritage, toute tradition ne nécessiteraient-ils pas, pour être humainement assumés, une telle activité ?


Toutes mes pensées ne sont pas en mon pouvoir ; la relations que j'ai avec mes pensées toutefois n'est pas toujours de domination ou de dépossession mais parfois d'enfantement : penser par soi-même suppose, non pas seulement une activité de réflexion mais une activité de création.

Correction abrégée d'un professeur. Cette dissertation à été faite en classe de Terminale L
Merci à Kellywesh pour ce corrigé