Y a t-il une vertu à l'oubli ?

La vertu est la disposition constante à faire le bien et à éviter le mal, et l'oubli est le fait de ne plus savoir quelque chose, être incapable de se le remémorer. Ce sujet soulève un paradoxe qu'il convient d'analyser. En effet il sous-entend que l'oubli pourrait être une vertu, une faculté positive, alors qu'à première vue, l'oubli semble au contraire un défaut, une faculté négative.

L'opinion courante conduit à faire de l'oubli ce raté de mémoire. Quand nous cherchons, par exemple, un mot qui nous échappe, le constat d'oubli est presque un aveu de faiblesse. Cela montre une défaillance intellectuelle, montre une incapacité à se remémorer les choses, pourtant si simple et évidente. Il n'y avait donc pas dans ce cas, une vertu de l'oubli puisqu'il ne présenterait que le côté négatif de la personne. L'oubli est aussi lié à la mémoire, c'est à dire la faculté de souvenir et de conservation.

Bergson distingue la mémoire habituelle, ou conservation dans notre cerveau, d'impression passée qui influent sur notre comportement sous forme d'automatismes, et la mémoire souvenir, qui est seule capable de restituer les états de notre passé sous forme de souvenirs précis et situés. La mémoire habituelle est développée juste avant, tandis que la mémoire souvenir est liée avec l'oubli.

On peut avoir oublié un événement ou une chose et si une personne extérieure nous remet dans le contexte, on pourra alors se le rappeler. L'oubli neserait donc pas existant puisque la mémoire souvenir se souviens. Mais nous avons tout de même l'impression de ne pas se souvenir
Cette méthode était utilisée par Freud, qui se base sur le principe de la psychanalyse. Cela consiste à faire monter à la surface un certain passé enfoui, plus ou moins inconsciemment refoulé et oublié. L'oubli prend ici une valeur toute différente. L'oubli n'est pas lié à un raté de mémoire. Selon Freud, la personnalité s'est formée à partir du refoulement dans l'inconscient de situations vécues dans l'enfance comme sources d'angoisse et de culpabilité. Le refoulement du souvenir de ces situations traumatisantes est dû au rôle déterminant que joue la figure du père dans le triangle pére-mére-enfant et au moment où se constitue de complexe d'œdipe. La prise de conscience par le sujet de ce qui a été refoulé doit entraîné la disposition du symptôme. L'oubli a donc un côté positif : il permet de soigner certaines pathologies.

Avec l'oubli on pense aussi au devoir de mémoire d'une nation, des commémorations qui permettent de puiser dans l'héritage collectif et de rassembler : c'est la réminiscence, c'est le retour d'un souvenir qui n'est pas reconnu comme tel, c'est une chose, expression dont on ne se souvient inconsciement, c'est un souvenir imprécis. On a besoin de ne pas oublier et tous les ans on se rappelle. On écoute les vieux qui eux oublient un peu plus tous les ans. Puis arrivera un jour où un événement ne sera plus célébré, il tombera dans l'oubli des gens sauf quelques fanatiques d'histoire. Là aussi l'oubli a un côté négatif car l'oubli de l'histoire, nous en fait oublier ses leçons, ses enseignements qui partent en même temps que ceux qui les ont vécus. Mais cet oubli peut avoir des vertus.

L'oubli est aussi l'effacement fonctionnel et nécessaire de certains souvenir, qui nous permet d'aller de l'avant. Il faut fermer de temps en temps les portes de la conscience, faire table rase, pour " en finir avec " un certain passé et s'ouvrir aux choses nouvelles. Quand on dit par exemple que les regrets ne servent à rien, on veut signifier qu'il faut savoir oublier pour rebondir. La rancœur, amertume profonde que l'on garde à la suite d'une déception, d'une injustice est bien un défaut. On critique bien une personne parce qu'elle est rancunière et non l'inverse. Comme dit le proverbe populaire : " Il faut regarder de l'avant ". Cela explique par exemple pour les crimes de guerre commis par les Allemands durant la seconde guerre mondiale. Aujourd'hui, il ne faut pas voir les actes sans oublier les leçons à en tirer sur le racisme, l'homophobie ou autre discrimination. L'oubli est donc bien une faculté positive.

La notion de l'oubli ne peut être déconnectée de celle de la mémoire. Et cet oubli peut apparaître comme une faculté négative à première vue mais on se rend vite compte que c'est en réalité une faculté positive qui fait progresser la personne qui est capable d'en jouer.



 

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