Esquisse d'une dissertation sur :
« L’Enfer, c’est les autres », dit Garcin.
Sommes-nous toujours prisonniers du regard des autres ?

L’image que nous renvoie un miroir est une image à apprivoiser. Nous gardons un parfait contrôle sur elle : il suffit de replacer une mèche, de redresser les épaules ou bien même de rectifier le rouge mal posé. La privation du miroir crée le désarroi : en effet, il ne reste plus que le jugement des autres, mais sans aucune possibilité de maîtrise. On est souvent victime de la perte de contrôle de sa propre image. C’est pourquoi l’autre devient un support nécessaire pour garder une sorte d’illusion sur soi. Personne ne peut nier qu’aujourd’hui, on accorde énormément d’importance au regard des autres pour une multitude de raisons. Mais sommes-nous toujours prisonniers du regard des autres ?

Je pense qu’on est toujours prisonnier du regard des autres, car on a besoin de l’autre pour obtenir une vérité quelconque sur soi, on doit toujours passer par l’autre pour se voir d’une manière totalement objective. Le jugement de l’autre est indispensable à notre existence et est d’ailleurs essentiel à la connaissance que nous avons de notre « moi »: c’est par l’autre que nous pouvons saisir réellement notre existence et accéder à une connaissance véritable de nous-même. Remarquons qu’au plus profond de notre conscience et de notre subjectivité, les autres nous déterminent ; c’est pourquoi l’existence du jugement d’autrui est donc une donnée fondamentale et irréductible. Mais il est important de remarquer que ce jugement est très manichéen : ce regard peut nous apporter beaucoup de bien personnel mais celui-ci peut aussi nous être intolérable. Prenons l’exemple de Huis-Clos : SARTRE, qui est, selon moi, le théoricien le plus affirmé dans le domaine des relations avec les autres, affirme que « l’Enfer, c’est les autres ». Chacun est le bourreau de l’autre, qu’il torture en le soumettant constamment à son jugement, en le condamnant pour ainsi dire à mort. Dans ce cas-ci, les personnages vont découvrir que la pire condamnation, c’est que le regard d’autrui est omniprésent et qu’on ne peut y échapper. Ce jugement est donc insupportable !

Mais d’un autre côté, comme nous l’avons déjà dit précédemment, on ne peut pas exister sans ce regard permanent: car nous avons besoin de plaire aux gens qui nous entourent. « Nous ne sommes nous qu’aux yeux des autres, et c’est à partir du regard des autres que nous nous assumons comme nous », nous expliqua SARTRE dans L’Etre et le Néant. Si au contraire nous n’arrivons pas à nous voir comme les autres nous voient, pour nous analyser d’une manière objective, on tombe dans une sorte d’exclusion personnelle dans laquelle la découverte de son intimité et de sa véritable connaissance de soi est inexistante. Cette exclusion transforme rapidement notre vie en Enfer, en un insuccès farci d’absurdités : toutes les unes aussi ridicules que les autres : par exemple : par peur de déplaire naturellement, nous faisons exprès de déplaire.

Voilà pourquoi, je pense qu’il est très important de se soucier du regard des autres, car ceux-ci demeurent nos « vrais juges » et n’ont pas peur de nous condamner. Ainsi, d’une part, toute personne doit savoir qu’il est essentiel d’apprendre à se connaître par le jugement d’autrui ; mais d’une autre part, nous devons aussi comprendre qu’il primordial de nous analyser grâce à notre connaissance du « moi ».
" Le « Je » ne peux exister sans autrui, qui est une « pièce maîtresse de notre univers »", selon Michel Tournier. On comprendra par conséquence, que l’on soit tenu de lui exprimer une profonde gratitude Mais, avant tout, pour qu’il puisse jouer son rôle, nous ne devons surtout pas en faire une copie de notre « moi » ; il faut qu’on le laisse être en tant que « autre », car c’est de l’autre en tant qu’« autre » que nous avons besoin, et non de « moi ».
En conclusion, on peut dire que nous sommes presque toujours prisonniers du regard des autres, nous le découvrons comme la condition de notre existence. Car on se rend vite compte qu’on ne peut rien être (au sens où on dit qu’on est spirituel, ou qu’on est méchant, ou qu’on est jaloux) sauf si les autres nous reconnaissent comme tel. (J'ai tiré quelques idées clés de L'existentialisme est un humanisme de SARTRE (Nagel).


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